La question revient à chaque atelier, et souvent sur le ton de quelqu’un qui a déjà renoncé : « bon, mais il y en a des simples, quand même ? »
Oui. Mais avant de te donner des noms de bols, il faut qu’on s’entende sur un mot, parce que c’est là que tout se joue.
« Simple », ça veut dire quoi exactement ?
Quand tu dis qu’une recette est simple, tu peux vouloir dire trois choses très différentes :
- Simple en temps — ça ne me prend pas ma journée.
- Simple en technique — je n’ai pas de geste difficile à maîtriser.
- Simple en ingrédients — je trouve tout facilement, et je sais ce que c’est.
Et voilà le problème : en râmen, aucun bol ne gagne sur les trois axes à la fois.
Un râmen sans bouillon te fait gagner des heures et t’épargne la technique la plus délicate — mais il t’envoie chercher des ingrédients dont tu n’as peut-être jamais entendu parler. Un chintan shio au poulet, lui, ne demande que du poulet et du sel, mais il te réquisitionne un après-midi.
Donc la vraie question n’est pas « quel râmen est le plus simple », c’est « qu’est-ce que tu veux alléger en premier ? ». Voyons les deux options.
Si tu veux alléger le temps et la technique : le râmen sans bouillon
Première nouvelle qui surprend tout le monde : il existe des râmens qui n’ont pas de bouillon du tout.
On les appelle mazesoba (nouilles mélangées) ou abura soba (nouilles à l’huile). Le principe : au lieu de nager dans un bouillon, les nouilles sont nappées d’un tare et d’une huile aromatique, puis mélangées à la main dans le bol avec les garnitures. Ce ne sont pas des sous-râmens ou des versions dégradées — ce sont des catégories reconnues, avec leurs boutiques spécialisées et leurs fanatiques.
Le plus célèbre, le taiwan mazesoba, est né d’un ratage. En 2008, à Nagoya, Niiyama Naoto tient une boutique qui vend surtout du shio râmen. Il tente de mettre au point une farce pimentée pour son taiwan râmen, il la rate, et plutôt que de la jeter il la pose sur des nouilles égouttées. C’était bon. Très bon. Aujourd’hui, sa maison Menya Hanabi a essaimé bien au-delà du Japon.
Ce que tu gagnes : pas de bouillon, donc pas de quatre heures de cuisson minimum, pas de blanchiment, pas de filtration, pas de gestion de température. Tu supprimes d’un coup l’étape la plus longue et la plus technique du râmen.
Ce que tu perds : tout le goût repose désormais sur le tare, les garnitures et l’huile. Il n’y a plus de bouillon pour rattraper quoi que ce soit. Et surtout, la recette originale demande des produits que tu n’as sans doute pas dans ton placard — dashi en poudre, hon mirin, sauce soja claire, katsuobushi en poudre, shichimi togarashi.
C’est là qu’il faut être honnête : le taiwan mazesoba tel qu’il se fait à Nagoya n’est pas simple. Il est simple ailleurs — le travail s’est déplacé du bouillon vers les garnitures, qui sont nombreuses.
D’où ma version allégée. J’ai gardé la structure et l’esprit, j’ai coupé tout ce qui n’était pas indispensable au premier essai :
- Le tare (pour plusieurs bols, ça se garde) : dashi en poudre, sauce soja, mirin, un peu de sucre, une pointe d’ail râpé. On mélange, on chauffe doucement pour dissoudre, c’est prêt.
- Le bol : deux cuillères à soupe de tare, une cuillère à soupe d’eau de cuisson des nouilles, une cuillère à soupe d’huile de sésame torréfié, du poivre.
- Les nouilles : des nouilles moyennes, ni trop fines ni trop épaisses. Tu les cuis, tu les égouttes très fermement — encore plus que pour un râmen en bouillon, puisqu’il n’y a pas de liquide pour absorber l’excès — et tu les mélanges immédiatement dans le bol pour les napper.
- Quatre garnitures, pas huit : du porc haché sauté avec de l’oignon jusqu’à ce qu’il caramélise, de la cébette ciselée fraiche, du nori en morceaux, un jaune d’œuf cru au centre.
Tu mélanges tout vigoureusement avant de manger. C’est le geste du plat, et c’est aussi ce qui le rend franchement amusant à servir.
Compte quarante minutes en partant de zéro, et une quinzaine si ton tare est déjà fait. On est très loin des quatre heures de bouillon.
Pour comprendre où se situent le mazesoba et l’abura soba parmi les autres styles : Les différents types de râmen – article à venir prochainement.
Newsletter umikan pour découvrir la cuisine japonaise maison
Chaque semaine : une nouvelle excuse pour manger japonais.
Si tu veux alléger les ingrédients : le chintan shio au poulet
Le raisonnement inverse. Ici, tout ce dont tu as besoin se trouve chez ton boucher et dans ton placard : une carcasse de poulet, des pilons, des pattes (c’est mieux mais ça peut être optionnel), du sel, des nouilles achetées. Pas un seul produit exotique.
En échange, tu paies en temps : quatre heures de cuisson douce, sans couvrir, sans jamais bouillir. Mais — et c’est important — ce sont quatre heures pendant lesquelles tu ne fais rien. Le bouillon travaille seul pendant que tu vaques. Ce n’est pas quatre heures de travail, c’est quatre heures d’attente.
C’est le bol que je recommande à quelqu’un qui veut vraiment comprendre le râmen plutôt que simplement en manger un rapidement.
Tout le détail, avec les dosages : Comment faire un vrai râmen maison — le guide complet.
Ce qui n’est jamais simple (et qu’il vaut mieux garder pour plus tard)
Autant te le dire franchement, ça t’évitera de te décourager sur un mauvais choix de départ :
Le tonkotsu. Six à huit heures d’ébullition franche minimum, une odeur qui s’installe dans l’appartement, et un résultat qui pardonne mal l’approximation. Ce n’est pas un premier bol.
Les nouilles maison. C’est plus accessible qu’on ne le dit, mais ça demande un ingrédient spécifique, du kansui, et idéalement un laminoir. À faire quand le reste tourne.
Le chashu. Techniquement pas insurmontable, mais chronophage, et il vient s’ajouter à une liste de tâches déjà chargée. Ton premier bol s’en passera très bien.
Le vrai raccourci, ce n’est pas une astuce : c’est l’anticipation
Si tu ne devais retenir qu’une seule chose de cet article, ce serait celle-ci.
Ce qui rend un râmen épuisant, ce n’est pas la quantité de travail. C’est de vouloir tout faire le même jour. Étale, et tout devient gérable : le bouillon un dimanche après-midi, le tare pendant qu’il cuit, les œufs à mariner la veille au soir. Le jour où tu manges, il ne te reste qu’à réchauffer et cuire des nouilles.
Et pousse la logique un cran plus loin : quand tu fais un bouillon, fais-en le double et congèle. Le tare se garde des semaines au réfrigérateur. Tu transformes un plat de quatre heures en un plat de dix minutes — deux fois sur trois.
Combien de temps faut-il vraiment pour faire un râmen maison ?
« Et les produits tout prêts, alors ? »
Question légitime, surtout venant de quelqu’un qui passe son temps à parler de faire les choses soi-même. Alors autant que je sois claire : oui, j’en utilise. Du tsuyu du commerce pour mes œufs marinés, des nouilles achetées quand je n’ai pas le temps, du dashi en poudre.
La règle que j’applique tient en une phrase : achète tout, sauf ce que tu cherches à apprendre.
Le tsuyu, le dashi en poudre, le kansui, l’huile de sésame, les nouilles fraîches : ce sont des produits que les foyers japonais achètent aussi. Personne ne fait son tsuyu maison un mardi soir. Ce ne sont pas des raccourcis, c’est simplement la manière normale de cuisiner.
Le bouillon, c’est autre chose. C’est le composant qui porte l’identité de ton bol — le remplacer par un cube ou une base industrielle, ce n’est pas gagner du temps, c’est changer de plat. Et c’est très exactement de là que vient la déception dont tout le monde me parle.
Donc : dépanne-toi sans culpabilité sur les périphéries. Mais le jour où tu veux vraiment goûter la différence, fais ton bouillon.
Alors, par où commencer ?
Si tu veux un vrai râmen ce soir et que tu es prêt·e à faire quelques courses : le mazesoba.
Si tu veux comprendre le râmen et que tu as un après-midi devant toi : le chintan shio au poulet.
Et si tu n’as ni l’un ni l’autre, il reste une option tout à fait honorable, qu’on ne devrait pas mépriser : améliorer un râmen instantané. C’est un autre sujet, et je l’ai traité ici → Ramen instantané ou maison.
Questions fréquentes sur le râmen maison facile
Quel est le ramen le plus simple à faire pour un débutant ?
Un mazesoba ou un abura soba, c’est-à-dire un ramen sans bouillon : tu supprimes l’étape la plus longue et la plus technique. En contrepartie, il faut se procurer quelques produits japonais. Si tu préfères ne cuisiner qu’avec des ingrédients courants, le chintan shio au poulet est plus accessible côté courses, mais demande environ quatre heures de cuisson.
Peut-on faire un ramen sans bouillon ?
Oui. Le mazesoba et l’abura soba sont des ramens à part entière, dans lesquels les nouilles sont nappées d’un tare et d’une huile aromatique, puis mélangées avec les garnitures directement dans le bol.
Combien de temps faut-il pour préparer un mazesoba ?
Une quarantaine de minutes en partant de zéro, une quinzaine si le tare est déjà préparé. C’est le format de ramen le plus rapide, puisqu’il ne comporte pas de bouillon.
Peut-on utiliser un bouillon cube pour faire un ramen ?
On peut, mais c’est le raccourci que je déconseille : le bouillon porte l’identité du bol. Mieux vaut alléger sur les nouilles, l’huile ou la marinade — des produits que les foyers japonais achètent également — et garder le bouillon maison.


